Endométriose digestive : des troubles liés aux règles, mais pas toujours une atteinte de l’intestin

Endométriose digestive : des troubles liés aux règles, mais pas toujours une atteinte de l’intestin

Des douleurs à la selle, une constipation ou une diarrhée qui s’accentuent pendant les règles peuvent faire évoquer une endométriose digestive. Ces symptômes ne suffisent toutefois pas à prouver que l’intestin est atteint : une inflammation voisine ou une autre maladie digestive peut aussi les expliquer. Le diagnostic repose sur une évaluation médicale et une imagerie adaptée, et la chirurgie n’est pas systématique.

Des symptômes digestifs ne signifient pas forcément des lésions intestinales

L’endométriose correspond à la présence de tissu semblable à l’endomètre, la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus, en dehors de celui-ci. On parle d’endométriose digestive lorsque des lésions se développent sur ou dans la paroi d’un organe digestif. Elles peuvent rester à sa surface ou infiltrer ses couches : l’atteinte est alors souvent associée à une endométriose profonde.

Schéma anatomique des localisations possibles de l’endométriose digestive
Schéma anatomique des localisations possibles de l’endométriose digestive

Le rectum et le sigmoïde, partie terminale du côlon, sont les localisations les plus habituelles. D’autres segments du côlon, l’intestin grêle ou l’appendice peuvent également être concernés. Plusieurs localisations peuvent coexister, avec d’autres lésions pelviennes, notamment ovariennes.

Il faut distinguer cette infiltration d’une inflammation située à proximité du rectum, capable de provoquer des troubles sans pénétrer la paroi digestive. Un syndrome de l’intestin irritable ou une maladie inflammatoire peut aussi coexister avec l’endométriose. Selon certains auteurs, jusqu’à 50-60 % des patientes atteintes d’endométriose pourraient présenter des symptômes digestifs liés à une maladie digestive fonctionnelle ou inflammatoire. Ce chiffre ne désigne donc pas la fréquence des lésions intestinales.

Enfin, l’intensité de la douleur ne mesure pas fidèlement l’étendue des lésions. Des symptômes très invalidants méritent une prise en charge même si l’imagerie montre peu d’anomalies.

Repérer les signes utiles et ceux qui imposent de consulter rapidement

Les manifestations varient selon la localisation des lésions et les troubles associés. Leur apparition ou leur aggravation avant ou pendant les menstruations constitue un indice important, mais elles peuvent aussi persister en dehors des règles.

  • Douleurs lors de la défécation, parfois profondes ou ressenties dans le rectum.
  • Constipation, diarrhée ou alternance des deux.
  • Ballonnements, gaz et inconfort abdominal.
  • Douleurs pelviennes, règles douloureuses ou douleurs pendant les rapports sexuels.
  • Fatigue et retentissement sur le travail, le sommeil ou les activités quotidiennes.

Du sang rouge dans les selles, appelé rectorragie, peut être observé, mais ne doit jamais être attribué automatiquement à l’endométriose, même pendant les règles. Des hémorroïdes, une inflammation ou d’autres causes doivent être recherchées.

Une douleur peut aussi déclencher un mécanisme de protection : les muscles du plancher pelvien se contractent, comme un ressort maintenu sous tension, et l’évacuation devient plus difficile. Cette crispation peut entretenir la douleur sans traduire une aggravation des lésions. En parler permet au soignant d’évaluer une éventuelle composante musculaire et, si nécessaire, de proposer une rééducation adaptée plutôt que d’encourager à pousser davantage.

Une douleur abdominale intense avec ventre gonflé, vomissements et arrêt des selles et des gaz nécessite une évaluation urgente : ces signes peuvent évoquer une occlusion. Un saignement abondant, un malaise ou une douleur accompagnée de fièvre justifient également un avis urgent. Des saignements répétés, un amaigrissement inexpliqué ou une aggravation persistante demandent une consultation rapide.

Échographie, IRM, coloscopie : des examens aux rôles différents

Le bilan commence par l’interrogatoire et un examen clinique adapté, réalisé avec votre consentement. Le médecin recherche le lien avec le cycle, les douleurs gynécologiques, les antécédents et le retentissement quotidien. Un médecin généraliste ou un gynécologue peut organiser les premières investigations et solliciter un gastro-entérologue.

Recommandations HAS pour diagnostiquer et traiter l’endométriose · Cette fiche officielle de la Haute Autorité de santé présente les examens de première intention et les principales options de prise en charge médicale de l’endométriose.

L’échographie pelvienne, souvent par voie endovaginale lorsque cela est possible et accepté, peut rechercher des lésions profondes. L’IRM pelvienne aide à cartographier les atteintes et leurs rapports avec les organes voisins. Leur interprétation gagne à être réalisée par un professionnel expérimenté en endométriose. Les consignes de préparation dépendent de l’examen et du centre : demandez-les lors du rendez-vous.

Une coloscopie normale n’exclut pas une endométriose digestive : les lésions se développent souvent depuis la surface externe de l’intestin, alors que cet examen observe sa muqueuse interne. Elle peut néanmoins être indiquée pour explorer des saignements ou rechercher une autre maladie. Une IRM abdominale ou des prélèvements peuvent compléter le bilan selon la situation ; ils ne sont pas systématiques.

Cause envisagéeÉléments d’orientationLimite à retenir
Endométriose digestiveDouleurs à la défécation, symptômes liés au cycle, douleurs pelviennes associées.Le caractère cyclique ne suffit pas au diagnostic.
Syndrome de l’intestin irritableDouleurs abdominales, ballonnements et modification du transit.Il peut coexister avec une endométriose.
Maladie de Crohn ou rectocolite hémorragiqueDiarrhée persistante, saignements, parfois amaigrissement ou signes inflammatoires.Un bilan gastro-entérologique est nécessaire pour les identifier.

Avant la consultation, notez les jours de douleur, l’aspect des selles, les saignements, les règles et les traitements essayés. Apportez vos comptes rendus et, si possible, les images des examens antérieurs. Ce relevé facilite l’évaluation sans retarder la consultation si les symptômes sont importants.

Choisir le traitement selon les symptômes, les lésions et le projet de grossesse

Le traitement médical peut être proposé sans opération

En l’absence de complication imposant une intervention, un traitement hormonal peut réduire les douleurs et les manifestations liées au cycle. Une pilule ou un dispositif intra-utérin hormonal peut notamment être envisagé selon les contre-indications et les préférences de la patiente. Ces traitements ne retirent pas les lésions et ne corrigent pas nécessairement un rétrécissement intestinal important. Une prise en charge de la douleur et des troubles du transit peut les compléter.

Le désir de grossesse doit être abordé dès le départ, car les traitements hormonaux contraceptifs ne conviennent pas pendant les tentatives de conception. L’endométriose peut affecter la fertilité, sans qu’une atteinte digestive signifie automatiquement une infertilité. Un bilan individualisé aide à articuler soulagement, surveillance et projet parental.

La chirurgie se discute avec une équipe expérimentée

Une intervention peut être envisagée devant des douleurs persistantes malgré un traitement adapté, une mauvaise tolérance des médicaments ou un risque de complication digestive. Selon la profondeur et l’étendue de l’atteinte, le geste peut retirer la lésion en préservant l’intestin ou nécessiter l’ablation d’une portion de paroi ou d’un segment intestinal.

Ces opérations justifient une coordination entre chirurgien gynécologue, chirurgien digestif et autres professionnels concernés. Une enquête menée en 2015 dans 56 établissements français rapportait plus de 1 200 patientes opérées par an pour une endométriose du côlon et du rectum : cette activité souligne l’importance d’une expertise spécifique, sans constituer une indication à opérer chaque patiente.

Avant toute décision, l’équipe doit expliquer les bénéfices attendus, les alternatives et les risques : fistule digestive, infection, troubles du transit ou, dans certaines situations, stomie temporaire destinée à protéger la cicatrisation. Un deuxième avis peut aider à comprendre une proposition complexe.

Le suivi reste indispensable, avec ou sans chirurgie, pour réévaluer la douleur, le transit, la tolérance du traitement et la fertilité. L’objectif est une amélioration concrète de la qualité de vie, fondée sur une décision partagée, et non une intervention à tout prix.